Grandes anticipations, grandes réponses

BANQUES CENTRALES

 

10.03.16 - Grandes anticipations, grandes réponses

 

Hier, la Banque Centrale Européenne a proposé une série de mesures afin de parvenir à atteindre sa cible d’inflation et à relancer l’activité en Zone Euro. L’économie de la zone euro étant fortement conditionnée à l’état de son système bancaire, il est par conséquent évident que la plupart des mesures passent par le biais des banques.

 

Tout d’abord, les anticipations étaient fortes. On anticipait tout un panel de mesures, qui passaient par une réduction du taux de la facilité de dépôt d’au moins dix points de base, accompagné d’un système de rémunération à deux vitesses afin de sanctionner plus sévèrement les banques détenant un volume de liquidité plus important. Les participants de marchés voyaient également une augmentation de la taille du programme d’achat, d’en moyenne 10-15 milliards d’euros mensuel ainsi qu’un ensemble de mesures plus techniques plus lié aux modalités du programme d’achat (par exemple, la possibilité d’acheter des titres avec des rendements sous la facilité de dépôt, ou encore la possibilité d’élargir l’univers des titres éligibles au programme)

 

Ce jeudi, la BCE a décidé dans un premier temps d’abaisser l’ensemble de ses principaux taux directeurs : le taux principal de refinancement (MRO) a été réduit de cinq points de base pour s’établir à zéro. Ainsi les banques auront la possibilité de se refinancer en full-allotment sans payer d’intérêts là-dessus. Ensuite, la facilité marginale de prêt (que les banques utilisent dans les rares cas où elles doivent se refinancer d’urgence) a été également réduite de cinq points de base, à 0,25%.

Enfin, le taux de la facilité de dépôt a été finalement abaissé de seulement dix points de base, à -0,4%. Au-delà de la modification du corridor, la BCE a décidé de lancer une série de quatre TLTRO de quatre ans (prêts ciblés auprès des banques européennes) à un taux nul (celui du MRO) et rémunéré au taux de la facilité de dépôt (les banques recevant ainsi 40 points de base pour un prêt octroyé auprès des agents économiques).

 

Ceci est une incitation, plus particulièrement pour les banques périphériques. Ensuite, plus techniquement, la BCE a augmenté le montant d’achat mensuel de titres de 20 milliards d’euros, ce niveau s’établissant désormais à 80 milliards d’euros par mois. Par ailleurs, elle élargit l’univers d’éligibilité des titres achetés par les banques nationales (et surtout pour parvenir à acheter 80 Mds) : des obligations d’entreprises de bonne qualité (IG – Investment Grade) pourront désormais être acquises dans le cadre de l’EAPP. Il est utile d’ajouter que la BCE a augmenté la limite d’emprise de 33% à 50% pour des titres supranationaux (FESF par exemple) afin de permettre aux banques nationale d’acheter une part plus importante d’une dette supra émise.

 

Malgré les premiers effets positifs constatés sur l’ensemble des marchés financiers (forte baisse de l’euro, forte hausse du marché action, détente généralisée sur le marché des obligations souveraines), Mario Draghi a toutefois précisé que les taux d’intérêts n’allaient pas être abaissés davantage dans un futur proche, ce qui a de suite provoqué une réaction inverse sur ces marchés.

 

L’euro dollar a retrouvé ses niveaux pré Cgouv voire un niveau nettement supérieur, l’ensemble des taux obligataires souverains se sont contractés de façon significative (plus accentué sur les taux courts) et les indices boursiers ont finalement clôturé sur de légères pertes. La hausse des taux constatée n’est toutefois pas une mauvaise nouvelle en soi dans le sens où, dans un univers de taux déjà très négatifs, et sachant que les titres achetés sont limités au taux de la facilité de dépôt (-40 pbs désormais), une hausse des rendements ne peut qu’au final élargir l’univers d’éligibilité, surtout sur les taux cores où l’on craignait un phénomène de rareté des titres (Allemagne).

 

Les mesures qui ont été annoncées hier, répondent globalement aux attentes des marchés. Le risque étant désormais la mesure de l’efficacité de ces mesures à moyen-terme, ce qui pourrait engager la crédibilité de la Banque Centrale Européenne. Les prêts ciblés aux banques rémunérées restent une mesure forte, qui pourrait générer une incitation plus renforcée pour les banques à procéder aux prêts. Toutefois, tout reste conditionné à la confiance, à l’état de la conjoncture et à l’environnement externe demeurant encore très incertain.

 

Zohra Oualid

 

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