La tentation évitée

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19.01.17 - BCE: la tentation évitée

 

 

 

 

 

 

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les opinions de la société Riches Flores Research -

 

 

Il n’est pas inutile de développer en quoi la BCE fait face à une équation difficile à résoudre. Entre, d’une part, la forte remontée de l’inflation en zone euro – essentiellement liée aux évolutions des prix sur les cours du pétrole –, le retour d’indicateurs de sentiment qui semblent solides - comme l’illustrent les enquêtes PMI- et, d’autre part, le caractère fortement accommodant qu’il convient dès lors de remettre en question pour certains pays de la zone euro (Allemagne notamment), Mario Draghi doit montrer qu’il doit se résoudre à être aussi bien indépendant que réactif.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Difficile de se montrer indépendant lorsque les nombreux risques externes face auxquels la zone euro est exposée pourraient être coûteux pour les perspectives d’investissement et de consommation. Toutefois, il est rassurant de constater qu’après les échéances les plus redoutées (l'élection de D. Trump, le Brexit et le référendum italien) la réponse aux chocs a été au final beaucoup plus soft qu’attendue. Il convient évidemment de préciser que les développements qui suivront ces chocs ainsi que leurs futurs impacts sur l’économie de la zone euro (et pas que) sont des questions qui gardent encore toute leur pertinence.

 

Alors que la zone euro était victime d’une menace déflationniste il y a encore un an, le net retournement de situation peut surprendre les membres du board de la BCE sur la réponse à apporter. L’inflation totale, sous l’influence des effets de bases pétroliers et des prix de l’alimentation, s’est envolée pour atteindre en Allemagne 1,7 % l’an vs. 0,8 % un mois avant. Quant à l’inflation core, elle reste timide, oscillant sous le seuil de 1% exception faite de l’Allemagne, encore une fois, où cette dernière a atteint 1,5 % l’an en décembre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rappelons, avant de se laisser emporter par les nombreuses sonnettes d’alarme, que l’objectif de la BCE est la stabilité des prix. Une hausse temporaire de l’inflation, ajoutée à une justification purement technique (pétrole) n’est en aucun cas la définition de la stabilité. On peut comprendre la réaction outre-Rhin, très réticente à l’inflation, combiné à des taux d’intérêts extrêmement bas, qui érodent la rentabilité de l’épargne allemande.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors, si la BCE prévoit d'ici 2018-2019 un retour de l’inflation conformément à son objectif de 2 %, sa stabilité ainsi que sa soutenabilité (hors énergie) seront à prendre sérieusement en considération par la BCE avant tout projet de modification de sa politique monétaire en cours - son mandat étant une inflation « below, but close to, 2% over the medium term ».

 

A ce sujet, Mario Draghi avait annoncé en décembre, après une prise de rendez-vous silencieuse, une réduction du rythme d’achat d’actifs de 80 milliards à 60 milliards par mois à partir d'avril 2017, qui s’apparentait pour certain à un début de tapering. Il était évident, qu’un rythme mensuel de 80 milliards était trop important pour que l’institution monétaire n’intervienne pas - compte tenu de la taille du marché obligataire européen et des risques de rareté des titres éligibles.

 

Un prolongement du programme d'achat d'actifs à un rythme inférieur, comme l’a réitéré Benoît Coeuré en fin d’année, s’associe en toute logique à un réajustement (ou « scaling back »). Par ailleurs, quand la BCE répète que le prolongement du programme d’achat serait susceptible d’être réajusté à la hausse si les conditions économiques et-ou financières venaient à se dégrader, on comprend facilement que ce type de discours ne représente en rien un excercice de tapering. L’inquiétude principale est donc la rareté des titres sur le marché obligataire secondaire, raison pour laquelle la BCE a annoncé en parallèle, en décembre, la possibilité d’achat sous la facilité de dépôt (ce que l’Allemagne a d’ailleurs commencé à faire pour la première fois), ainsi que la possibilité d’achats de titres de plus courtes maturités, soit entre un et deux ans, qui devrait permettre la faisabilité du programme sur une durée plus conséquente.

 

Bien que la BCE prenne officiellement en considération uniquement l’inflation totale, il est difficile d’imaginer à ce stade que la BCE tombe une nouvelle fois dans les trois précédents pièges tendus en 2008, avril et juillet 2011, pour des raisons pourtant très similaires, qui n’ont pas été sans conséquences sur la crédibilité de la BCE. Cette dernière devait nous montrer qu’elle a bien appris de ses erreurs … ce que Mario Draghi aura su faire avec brillo ce jeudi.

 

 

 

Zohra Oualid

@Zohra_1992

 

 

 

 

 

Zohra Oualid

 

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